Publié par Ryan Meili le 11 juin  2014

En moyens et en santé : le rôle des déterminants sociaux de la santé

L’idée selon laquelle la santé et la maladie sont déterminées par les circonstances de la vie n’est pas nouvelle. Depuis quelques années, elle est d’ailleurs devenue l’un des fondements du concept de santé et de son enseignement.

Les principaux facteurs qui déterminent la santé sont de nature sociale ; les solutions les plus efficaces sont politiques.

Dans l’un des premiers cours de médecine, on demande aux étudiants d’identifier les principaux facteurs qui déterminent si une personne sera en santé ou malade. Les habitudes de vie – les trois volets de la « sainte trinité », alimentation, exercice et tabagisme – sont souvent pointées du doigt. Certains soulèvent aussi l’accès aux services de santé, d’autres des facteurs génétiques ou culturels. Au terme de cette discussion, on présente aux étudiants la liste des déterminants de la santé produite par l’Institut canadien d’information sur la santé. Voici, par ordre d’importance, les facteurs qui influent le plus sur la santé des gens : 

Invariablement, cette liste suscite la surprise.

1. niveau de revenu
2. scolarité
3. réseaux de soutien social
4. emploi et conditions de travail
5. développement de la petite enfance
6. environnement physique
7. habitudes liées à la santé et capacités d’adaptation
8. facteurs biologiques et génétiques
9. services de santé
10. sexe
11. culture
12. rapport aux médias de masse (écoute de la télévision et inactivité physique)

Invariablement, cette liste suscite la surprise. En tant que futurs médecins, les étudiants sont convaincus qu’ils contribueront à la santé des gens. Or, ils constatent que les services dispensés par les professionnels de la santé effleurent à peine les dix facteurs les plus déterminants.

La leçon à tirer de cette liste et sur laquelle on insiste auprès des étudiants est que les principaux facteurs qui déterminent la santé sont de nature sociale, et que les solutions les plus efficaces sont politiques. Les services de santé – la réponse à un mauvais état de santé – ont beaucoup moins d’effets sur l’état de santé général que les déterminants sociaux comme le revenu, la scolarité, le logement et la nutrition. Le sexe, la culture et la biologie, les facteurs les plus immuables, figurent également au bas de la liste.

En fait, on enseigne aux étudiants que même s’ils ont le pouvoir de guérir, ils ne peuvent agir seuls. La réponse ne relève pas d’une seule profession ou d’un seul secteur : elle doit être sociétale.

Il faut s’interroger dès lors sur l’orientation la plus indiquée de nos interventions politiques. Autrement dit, quels déterminants de la santé sont les plus directement influencés par les politiques publiques. Les déterminants sociaux de la santé – ceux qui sont les plus directement définis par les choix politiques – sont le revenu et la répartition de la richesse, la scolarité, le chômage et la sécurité d’emploi, l’emploi et les conditions de travail, le développement de la petite enfance, l’insécurité alimentaire, le logement, l’exclusion sociale, le filet social, les services de santé, le statut d’Autochtone, le sexe, la race et l’invalidité. 

Comme vous pouvez le constater, tous ces secteurs sont tributaires de politiques publiques qui influencent la santé d’une personne dans un sens positif ou négatif. Lorsque nous réglons des problèmes de logement, lorsque nous mettons fin au racisme et à la discrimination fondée sur le sexe, lorsque nous assurons à la population l’accès à un marché du travail sûr et équitable, lorsque nos enfants reçoivent les soins et l’attention dont ils ont besoin pour grandir, nous contribuons à améliorer vraiment l’état de santé des gens.

Dans ce cas, pourquoi n’agissons-nous pas ? 

Adapté de A Healthy Society: How a Focus on Health Can Revive Canadian Democracy, de Ryan Meili (Purich, 2012).

 

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